PARADES
Le Mauvais Exemple
, Léandre hongre, Léandre ambassadeur.

Préface, notes et textes de scène de Guy Spielmann.
Avec la collaboration de Dorothée Polanz.
Paris, Lampsaque, coll. «Le Studiolo-Théâtre», 2006.


 



     Qu’est-ce qu’une parade? Une comédie de pur divertissement en un acte, caractérisée à première vue par une intrigue simple, un personnel très réduit avec des types récurrents, des dialogues riches en fantaisie verbale, et un humour axé sur le bas corporel autant dans ses fonctions génitales qu’excrétoires. Issue des théâtres de foire au tout début du XVIIIe siècle, la parade a connu, des années 1710 jusqu’à la Révolution, une très large diffusion sur les théâtres de société et sur les balcons extérieurs des théâtres des Boulevards, où on la donnait gratis. Méprisé par la critique, ce genre n’en a pas moins marqué les esprits d’un Siècle des Lumières adonné à la théâtromanie.
      Laissant de côté tant la question autoriale que celle de l’évaluation esthétique, cette édition envisage la parade en tant que texte performatif afin de mieux concevoir la manière dont ces pièces pouvaient être jouées et pourquoi elles eurent tant de succès auprès d’un public si étendu, des couches les plus populaires de la société aux cercles de la plus haute aristocratie.

     Les défauts supposés du genre correspondent en fait à une démarche fort cohérente, à une poétique du deuxième type bien distincte de celle qui régit le théâtre littéraire, et beaucoup plus proche des fondements de la farce et de la commedia dell'arte. Pourtant, la parade ne peut se comprendre simplement comme forme dérivée de ces traditions dramatiques où elle puise l’essentiel de sa matière.      La différence consiste d’abord dans la construction d’un univers dramatique qui n’a pas pour référent, de manière directe ou indirecte, une quelconque réalité extra-théâtrale, mais d’autres univers dramatiques. C’est ainsi que les agissements des personnages, non content d’échapper à la «psychologie», défient la logique la plus ordinaire de l’expérience humaine, voire même les lois de la physique et de la biologie: quel autre genre mettrait en scène un héros prétendu eunuque et qui affirme fièrement: «Je m'appelle Christophe Colin Léandre qui z'est le même qui depuis onze mois a fait dans ce village-ci seize enfants à douze filles différentes»? L’innamorato de la tradition de l’arte parodiait déjà l’amoureux de la comédie régulière; celui de la parade appartient à un niveau de métafiction plus complexe encore, où les personnages sont de pures créatures de théâtre.
     Après une substantielle préface qui donne l’état présent des recherches et suggère des perspectives nouvelles, cet ouvrage propose à titre d’échantillon trois textes tirés du recueil Théâtre des Boulevards (1756), assortis de notes qui, pour la première fois, permettent de prendre la mesure de l’originalité et de la complexité des parades, qu’on avait toujours tenues pour des comédies simplistes, grossières et répétitives.
     D’autre part, nous avons ajouté deux «textes de scène» utilisés par la compagnie SapassoussakasS pour une série de représentations en 2002-2004; ces textes donnent une forme concrète à la recherche et la formulation d’hypothèses sur le jeu et la mise en scène, au XVIIIe siècle et de nos jours.
     Enfin, cette édition comprend les textes de plusieurs documents d'époque relatifs aux parades, aujourd'hui difficilement disponibles, comme la «Magnière de discours approfondi superficiellement sur l’origine originale et cocasse de la Parade» de Collé, le «Discours sur cette pièce» de Salley, le «Prologue de l’opérateur pour les parades» de Gueullette), ainsi que la «Préface pour les parades» manuscrite de Gueullette, qui n'avait jamais été publiée en intégralité.

  • Parades: Le Mauvais Exemple, Léandre hongre, Léandre ambassadeur. Préface, notes et textes de scène de Guy Spielmann. Avec la collaboration de Dorothée Polanz. Paris, Lampsaque, coll. «Le Studiolo-Théâtre», 2006. ISBN: 2-911-82507-1 374 p. Prix public: 22€
  • Voir le site des éditions Lampsaque

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